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Le récit poignant d’une militante d’OBUTS en exil, entre persécutions et quête d’asile

Publié le mardi 3 septembre 2024, par Gabinho

Ancienne militante du parti OBUTS, parti politique devenu plus tard MPDD, Akouvi Woadalé Delali Akpalou livre un témoignage bouleversant sur les violences subies au Togo et son parcours d’exil jusqu’en France, où elle demande aujourd’hui protection.
Le parcours d’Akouvi Woadalé Delali Akpalou s’inscrit dans une trajectoire marquée par l’engagement politique, la foi religieuse et, selon ses propos, une série de persécutions qui l’ont contrainte à quitter son pays d’origine, le Togo.
Militante du parti OBUTS (Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire), elle affirme avoir été proche de Gabriel Messan Agbéyomé Kodjo, ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale togolaise. Décédé en exil à Tema, au Ghana, le 3 mars 2024, ce dernier reste une figure controversée de la vie politique togolaise, notamment à la suite de l’élection présidentielle de 2020 dont il s’était proclamé vainqueur.

Un engagement politique et spirituel
Pasteure d’une église évangélique, Akpalou explique avoir rejoint OBUTS en février 2006, séduite par les idéaux sociaux du parti : lutte contre la pauvreté, promotion de la jeunesse et amélioration des conditions de vie des Togolais. Elle participait régulièrement à des séances de prière au siège du parti à Gblinkomé, aux côtés de plusieurs responsables religieux.
Elle situe le début de ses ennuis avec les autorités lors de ces activités, qu’elle décrit comme pacifiques.

Arrestations et mauvais traitements allégués

Selon son témoignage, elle a été arrêtée à plusieurs reprises entre 2010 et 2015. La première interpellation remonte au 7 mars 2010, suivie d’une détention de dix jours au commissariat de Djidjolé. Elle affirme avoir été libérée sous condition de ne plus fréquenter son leader politique.
Une seconde arrestation en juillet 2012 aurait été marquée, selon elle, par des actes de violence et de torture à la direction centrale de la police judiciaire. « Jusqu’à présent, je verse des larmes quand j’y pense », confie-t-elle.
En avril 2015, à l’approche de l’élection présidentielle, elle relate une nouvelle arrestation à Lomé, cette fois à la résidence d’Agbéyomé Kodjo, suivie de trois semaines de détention à la gendarmerie nationale. Elle indique avoir échappé à un placement en prison grâce au paiement d’une caution familiale de 500 000 FCFA.

Fuite et exil
Se disant désormais « dans le collimateur » des forces de sécurité, Akpalou affirme avoir été contrainte de quitter son domicile familial et de déplacer ses enfants vers le Ghana. Une tentative d’arrestation à Sagbado aurait provoqué une chute grave lui laissant des séquelles à la colonne vertébrale.
Elle fuit ensuite vers le Bénin en 2016 avant de rejoindre la France en mai 2019, avec l’aide d’un contact religieux. Depuis, elle vit en région parisienne, après avoir été prise en charge par des structures d’hébergement d’urgence.

Situation sanitaire et demande d’asile
En février 2022, elle subit une opération chirurgicale à Paris pour un canal lombaire étroit. Aujourd’hui, elle affirme que son retour au Togo représenterait un danger vital.
Elle évoque également des pressions exercées sur sa famille restée au pays, notamment ses parents, qui souffriraient d’hypertension liée aux menaces dont elle se dit victime.
Par ailleurs, elle affirme que plusieurs de ses compagnons religieux seraient décédés après leur détention, ce qui renforce, selon elle, ses craintes en cas de retour.

Son témoignage relance la question des droits humains et des libertés politiques dans le pays, régulièrement évoquée par des organisations internationales, ainsi que le sort des opposants politiques en exil.

Mathias G. / LTT N.187