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DE LA LÉGALITÉ D’UNE PROBABLE INTERVENTION MILITAIRE DE LA CEDEAO AU NIGER

Publié le lundi 7 août 2023, par Gabinho

Réunie en Sommet extraordinaire au Nigeria le dimanche 30 juillet, la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernements de la CEDEAO a fixé un ultimatum, aux militaires nigériens, pour rétablir Mohamed Bazoum dans sa fonction de Président du Niger avant ce dimanche 6 août 2023.

De leur côté, les chefs d’état-major des onze (11) pays de la CEDEAO ont annoncé, hier vendredi 4 août, avoir élaboré les contours d’une intervention militaire au Niger sur la base d’un mandat robuste de la CEDEAO.

Pour rappel, conformément à l’article 45 du Protocole de la CEDEAO (relatif aux sanctions), le Mali, la Guinée et le Burkina Faso, et le Niger, sont suspendus des institutions de l’organisation depuis la prise du pouvoir par l’armée dans ces 4 pays.

Pourquoi, parmi les 11 pays de la CEDEAO qui ont décidé de rétablir l’ordre constitutionnel au Niger, seulement quatre (4) pays, à savoir le Nigeria, le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, sont-ils prêts à fournir des contingents pour une éventuelle intervention militaire ?

La Gambie, le Ghana, la Guinée-Bissau, le Liberia, la Mauritanie, la Sierra Leone et le Togo auraient-ils, finalement, des doutes sur l’efficacité et la légalité d’une intervention militaire de la CEDEAO au Niger ?

En effet, nulle part, les textes du Traité et du Protocole additionnel de la CEDEAO n’ont prévu la possibilité d’une l’intervention militaire contre un autre État membre souverain de l’organisation.

Les conséquences de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye (mars - octobre 2011) ne sont-elles pas suffisamment désastreuses - pour la sécurité dans le Sahel - pour choisir, une décennie plus tard, de repérer les mêmes erreurs ?

La menace du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso de se retirer de la CEDEAO et de prêter au main forte au Niger en cas d’une intervention militaire de la CEDEAO sera-t-elle prise en considération par l’institution qui est souvent taxée, à tort ou à raison, de syndicat des Chefs d’État qui défendent leur propres intérêts au mépris du bien-être de leurs peuples ?

La CEDEAO est, incontestablement, dans un tournant décisif de son existence.

La Conférence des Chefs d’État et de Gouvernements de la CEDEAO prendra-t-elle le risque d’aggraver la crise sécuritaire dans laquelle les pays du Sahel sont plongés depuis l’intervention militaire qui s’est soldée par l’assassinat, le 20 octobre 2011, du Guide libyen Mouammar Kadhafi ?

Kokou Philippe AMÉDODJI
Liège - Belgique
5 août 2023